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OUTILS PÉDAGOGIQUES
Vous trouverez dans cette section le guide de rédaction rédigé par l’auteure-conseil Aurélie Resch. Vous pouvez également télécharger ce guide en format PDF.
GUIDE DE RÉDACTIONLe récit identitaireQuelle chance! Nous allons participer au concours d’écriture Mordus des mots portant sur le récit court avec pour thème, l’expérience identitaire! Comme ton enseignante ou ton enseignant, je serai disponible tout au long du concours pour t’accompagner dans ton travail d’écriture. J’espère que tu te réjouis autant que moi à l’idée de créer une histoire de toutes pièces et de courir la chance de la voir publiée dans un recueil aux Éditions David. Que du bonheur et de la créativité en perspective! Le petit guide que je t’offre ici te donnera les outils qui te permettront de créer et de rédiger ton histoire. Sers-t-en autant que tu veux pour t’aider dans ton travail. C’est parti! Aurélie Resch
Le concours Mordus des mots te propose de rédiger un court texte de fiction basé sur une expérience identitaire, soit un événement, une situation particulière au cours de laquelle un personnage prend conscience d’un trait de son identité (linguistique, culturelle, religieuse, raciale, nationale…). Avant de commencer cette aventure, j’aimerais rappeler ce qu’on entend par le récit court. Il s’agit d’un texte narratif bref, de fiction, centré sur un événement comportant un ou peu de personnages. Souvent, l’histoire se déroule en fonction du dénouement. Pour ce qui est de l’expérience identitaire qui t’inspirera, je laisse libre cours à ton imagination pour la trouver. Garde en tête que l’identité est la colonne vertébrale de toute culture, de chaque individu. Elle est multiple et est constituée d’un ensemble de caractéristiques à travers lesquelles la personne se définit et se reconnaît. Souvent, une expérience identitaire est le déclic de la prise de conscience et de l’affirmation de son identité. Dans mon recueil de nouvelles, Les yeux de l’exil, je parle de l’expérience identitaire sous bien des formes :
Quels sont les chocs, ajustements culturels que tu as vécus, auxquels tu as assisté, qui t’ont marqué, qui t’ont défini et dont tu aimerais parler? Concentre-toi sur ce qui t’a le plus touché, ému, marqué. Ce seront ces sujets et ces émotions-là, uniques à ta personne et à ta sensibilité, qui feront de ton histoire un récit fort. Maintenant que nous avons bien en tête la thématique et le genre littéraire qui nous intéressent, laissons libre cours à notre imaginaire et à notre talent de conteur et prenons plaisir à écrire.
Parfois la page blanche impressionne et l’on reste un peu dérouté face à l’immensité de la tâche qui nous attend. Ne nous laissons pas abattre. Voici quelques « outils » qui devraient te permettre de franchir cet obstacle potentiel tout au long de ton parcours.
1) L’IDÉEC’est souvent ce qui va être le déclencheur, le moteur de ton histoire. Et ça, c’est formidable, parce que des idées, ce n’est pas ce qui nous manque! On peut les puiser partout : dans notre environnement, nos lectures, notre imaginaire, ce qu’on observe à la télévision, lors d’un voyage… Les possibilités sont immenses! La deuxième chose fantastique à ce sujet, c’est qu’il n’y a pas de mauvaise idée! Que l’on parle du poids des traditions culturelles sur les épaules d’une femme résolument moderne dans un pays aux règles de vie et de morale rigides (La dernière séduction, récit court extrait du recueil La dernière allumette) ou du défi de la langue que rencontre un monsieur âgé émigrant au Canada, dans un restaurant Mc Donald’s (Deux cercles, de Ryad Assany-Razaki), le récit a un incroyable potentiel dramatique – ou comique ! Seules les qualités de ton écriture feront la différence entre un récit prenant et une histoire ennuyeuse. Donc, ne te ronge pas les sangs pour l’idée. Celle que tu as est la bonne. 2) LES PERSONNAGESDans le récit court, ils ne sont pas nombreux, aussi est-il primordial de leur accorder beaucoup d’importance en amont de la rédaction de ton récit. Voici, ce que je fais, moi, pour mes protagonistes :
La plupart de tous ces détails ne se retrouveront pas dans ton récit identitaire, mais ils t’aideront à construire un personnage fort. 3) LE LIEULe lieu est pour moi très important dans une histoire. Est-ce que l’action se passe dans un endroit confiné? Un cercueil? Un placard? Ou au grand jour (dans un désert, en pleine mer)? S’agit-il d’une ville qui vit à cent à l’heure ou d’un petit patelin perdu en haut d’une montagne? Est-on dans une jungle étouffante et humide ou dans les steppes glacées de l’Anatolie? Réfléchis bien où tu veux planter ton décor, celui-ci est comme un 2e ou 3e personnage du récit court. 4) L’ATMOSPHÈREC’est un de mes thèmes favoris quand j’entreprends l’écriture d’un manuscrit. Parce que je suis très réceptive à mon environnement et à la façon dont les gens s’y comportent, j’y attache un soin tout particulier pour mes récits. Je place par exemple la première nouvelle de mon recueil Obsession, L’âme de fond, dans un quartier sordide, sale et bruyant. Le personnage y évolue, contraint et forcé. L’atmosphère étouffante et inquiétante de l’histoire prend le dessus sur le personnage et devient « la chair » même du récit. Ton histoire se déroule-t-elle de nuit, là où la pénombre, la peur et le manque de visibilité prédominent? Dans un univers glauque et pollué? Sous le soleil ardent de midi? Sur un port à containers? En pleine brume…? Dans les vestiaires d’un stade? Cette toile de fond servira de canevas à ton récit. Soigne-la particulièrement. 5) L’ACTIONDans le récit court, il y a peu de place pour instaurer un contexte. Il faut faire immédiatement plonger le lecteur dans ton histoire. Pour cela, tu dois privilégier l’emploi de verbes. Ceux-ci entraîneront automatiquement les actions qui conduiront ton histoire du point A au point B. Pense à la façon dont tu veux piloter ton lecteur à travers ton histoire. Avec des rebondissements? Des fausses pistes? De façon très linéaire et rapide? Choisis des verbes de mouvements. Ils instaureront un rythme à ton histoire qui tiendra ton lecteur en haleine. Dans ma nouvelle Dans les cordes, extraite du recueil La dernière allumette, je décris le combat intérieur en match d’un boxeur obligé de « se coucher » pour faire gagner les paris. En utilisant surtout des verbes d’action et des phrases courtes, j’immerge le lecteur dans le combat.
Maintenant, tu as toutes les cartes en main pour commencer la rédaction de ton récit identitaire. Si tu hésites quant au bout par lequel commencer, je te suggère les points suivants comme canevas d’écriture.
1) ACCROCHEComme je viens de le dire plus haut, le récit court ne privilégie pas la longue introduction. Celui qui se procure un récit court attend d’être tout de suite happé par celui-ci. C’est pourquoi, le début de ton histoire, l’accroche, est primordial. Tu dois, en quelques phrases ou paragraphes, immerger ton lecteur dans le problème, la thématique de ton récit. Une scène ou une série de scènes qui traite du sujet de l’intérieur. Ex : les coups qui pleuvent dans une bataille, la partie la plus virulente d’un plaidoyer au tribunal de divorce, la porte de la maison qui claque et la voiture qui s’éloigne… Plante immédiatement ton décor et instaure ton ambiance dès la première page. Cela peut se faire sur le mode descriptif ou dans le dialogue. Par exemple, si tu commences ton récit par faire parler quelqu’un qui jure ou qui bégaie, on sait que cette personne est déjà dans le cœur d’une action et on se prend à vouloir la rejoindre pour comprendre ce qui lui arrive. Notre curiosité de lecteur est piquée. Dans ma nouvelle, De toutes ses dents, j’ouvre mon récit par une narration à la 3e personne. Cela se passe de nuit et elle a faim. Elle est en chasse. Elle est dangereuse. On est en pleine action de traque. On est intrigué par ce elle dont on ne sait si c’est une femme, un monstre, un animal. Juste un elle très inquiétant. Qui donne envie de lire plus pour en savoir davantage. Plus. C’est ce qui est primordial dans un récit court. Donner plus envie au lecteur de continuer à avancer dans l’histoire. 2) LA COURBE DRAMATIQUEC’est la partie fondamentale de tout récit. Le lecteur peut très bien entrer dans ton histoire et décrocher pourtant rapidement à la fin de la première page si la tension n’est pas maintenue. La courbe dramatique dans un récit court est un « itinéraire » clair, construit et prenant, qui permet à l’histoire de se dérouler. L’histoire « démarre » avec un début qui « claque », se bâtit rapidement autour d’actions, de rebondissements ou de fausses pistes, tous précis et concis pour culminer dans une fin qui assomme, déroute ou fait réfléchir le lecteur. Afin de t’assurer que tu ne perds pas ta tension dramatique tout au long du récit, pose-toi les questions suivantes :
Si tu as répondu à ces questions, fais lire ton histoire à des proches ou à des élèves de ta classe, en leur demandant de répondre honnêtement et de manière constructive. Pose-leur les mêmes questions que tu t’es posées pour voir s’ils répondent de la même façon. Fais la synthèse de leurs observations et redessine ton histoire. Attention toutefois. Chacun a sa manière de raconter une histoire et chacun aura toujours un mot à dire sur ton récit. Il est important que tu gardes la main sur ton histoire. Fais donc preuve de discernement envers les critiques. 3) LA CHUTELa chute est ce qui définit le récit court. Il faut que tu la penses soigneusement. Dans un récit court, le lecteur cherche à être bouleversé, bousculé par une fin unique, surprenante, fantastique. Il a volontiers voyagé ces quelques pages pour arriver au dénouement dont il espère qu’il sera fort. Puissant. Quand tu penses à l’écriture de ton récit, pense-le en terme de dénouement. Qu’est-ce qui va conduire à ce coup de poing final? Qu’est-ce que je veux faire de mon histoire? Le point culminant de ton récit, c’est la fin. Garde bien cette notion en tête et lis quelques uns des livres que je te conseille dans la rubrique « Suggestions de lectures ». Tu comprendras encore mieux comment orienter ton récit afin de surprendre le lecteur à la fin. 4) LE CHOIX DES MOTSComme il s’agit d’écrire un récit littéraire, je t’engage, une fois que tu as la trame de ton histoire, tes personnages, ton ambiance, ta fin et ton squelette dramatique, à bien réfléchir à ton vocabulaire. Les mots ont une puissance émotive et dramatique prodigieuse. Plus tu es précis dans tes mots et plus tu varies tes expressions et tournures de phrases, plus tu séduis tes lecteurs et te distingues des autres écrivains. Cherche soigneusement le mot, le verbe que tu veux employer. Repère si tu l’as déjà utilisé dans ton texte ou si tu peux trouver une autre expression pour renforcer ton propos.
Tu hésites encore? Tu ne te sens pas prêt à rédiger? Tu n’es pas satisfait de ce que tu as déjà accompli? Rappelle-toi alors les trois règles fondamentales selon moi lorsqu’on écrit :
1) PRENDRE PLAISIRÉcrire, raconter une histoire est la chose la plus naturelle qui soit. Depuis tout petit, on séduit, convainc l’autre avec une histoire. On continue à le faire toute sa vie sans vraiment s’en apercevoir. Prend donc plaisir à raconter celle-ci. Ton sujet est unique. Ta façon de raconter est unique. Tu es unique. Ton plaisir est immense. Cela se ressent et le lecteur sera conquis par sa lecture. 2) LE JEUGarde bien à l’esprit qu’écrire participe du jeu. Tu joues avec les mots, les émotions du lecteur. Tu le séduis, l’égares, le reprends et l’anime. Tu le fais réfléchir, sourire ou pleurer. Quel meilleur jeu que celui de provoquer l’émotion et la réflexion chez l’autre? 3) L’ENVIE DE PARTAGERDans le récit, il y a aussi beaucoup de générosité. L’envie de partager un sujet, une émotion, une expérience avec d’autres. Ne te retiens pas lorsque tu écris et pense à ce que la personne qui te lit peut tirer de ton savoir, de ta créativité et de ton art.
Eh bien, te voici prêt à entamer cette belle aventure. Trouve-toi un coin de la maison, de la salle d’étude ou du lieu de ton choix qui te soit propre et qui te stimule pour l’écriture. Invente-toi un vêtement, une habitude d’écrivain qui te fasse rentrer dans la peau d’un narrateur et laisse-toi glisser dans l’un des plus beaux rôles de ta vie. J’ai hâte de te lire ☺. | |||||||||||||||||||